Portrait actuel des clubs et entraîneurs de natation au Québec

15 Déc 2020 - N / C

Portrait actuel des clubs et entraîneurs de natation au Québec

Encore un peu de souffle dans les clubs de natation

 

Les clubs de natation sont l’un des quelques exemples où les entraîneurs peuvent faire carrière dans le sport amateur.

Les clubs sont des organismes sans but lucratif, mais grâce aux inscriptions et à certaines collectes de fonds, ils réalisent le montage d’un budget qui leur permet d’établir certaines structures. En découle un environnement où quelques entraîneurs-chefs peuvent très bien gagner leur vie, et où des entraîneurs à temps partiel peuvent bonifier leur revenu annuel en redonnant au sport qu’ils aiment.

 

Maintenant, il y a des salaires raisonnables, c’est plus le mom and pop qui fait ça après le travail, comme dans d’autres sports, que je respecte, comme le soccer et le rugby. La natation, c’était ça avant, mais là c’est fini, dit de façon imagée Frédérick Asselin, le directeur général du club les Loutres de Granby.

 

Cet ancien joueur de rugby est tombé amoureux de l’ancienne nageuse olympique Nadine Rolland, et ils ont fondé le club où ils sont tous les deux entraîneurs-chefs depuis 2005.

 

La pandémie nous a un peu forcés à prendre du repos, prendre du recul. C’est l’adversité de la vie, ce qui nous arrive à tout le monde, collectivement, et c’est comment tu réagis à cette adversité-là. On y a vu des opportunités. Des opportunités de formation, de faire des choses qu’on n’a pas le temps de faire habituellement, opportunités de passer plus de temps en famille, dit Nadine Rolland lorsqu’on lui demande comment les choses se passent depuis mars dernier.

Un homme et une femme en jaune sur le bord d'une piscine
Nadine Rolland et Frédérick Asselin du club les Loutres de Granby
PHOTO : COURTOISIE NADINE ROLLAND

 

Le terme utilisé, c’est de s’adapter. Dans les formations qu’on suit, c’est le mot qui revient le plus. Adaptons-nous. Et là, on l’a vraiment mis en pratique, ajoute son partenaire.

 

Là, c’est une belle opportunité de se remettre à jour. Tout le monde!

 

On est chanceux. Nous, on est les deux temps plein. Et nos autres coachs, c’est du temps partiel. On travaille surtout avec des coachs matures. Ils ont d’autres jobs.

 

Ils le font parce qu’ils sont passionnés de natation, mentionne Nadine Rolland.

 

Emmy Désilets est au début de sa carrière d’entraîneuse avec le club de natation des Bois-Franc à Victoriaville. Celle qui a nagé aux niveaux provincial et collégial pendant 12 ans a commencé cette année sa première saison en tant qu’entraîneuse-chef.

 

C’était pour deux semaines, on avait dit aux parents qu’on allait y aller une chose à la fois, explique-t-elle. Je n’étais pas fâchée, je n’étais pas stressée, j’essayais juste de comprendre un peu ce qui se passait. Mais quand j’ai su que c’était vraiment à long terme, je trouvais ça plate. Mais j’ai tout de suite essayé de rendre ça intéressant pour tout le monde.

 

Emmy Désilet debout les bras croisées sur le bod d'une piscine d'entraînement.

Emmy Désilets
PHOTO : COURTOISIE EMMY DÉSILETS / EMMY DÉSILETS

Une occasion

 

Forcément, les clubs de natation astreignent leurs travailleurs aux horaires atypiques, les jeunes nageurs s’exerçant après l’école et les fins de semaine. Lorsque le club repose sur vos épaules, le temps devient une denrée rare. Nadine Rolland y a vu une occasion.

 

On peut aller dans notre casier d’entraîneur, des fois on l’ouvre une fois par année, mais là, peut-être l’ouvrir plus souvent, et d’aller voir les ressources, les cours que tu peux faire en ligne, pour te perfectionner en tant qu’entraîneur.

 

Une attitude qui trouve l’exact même écho chez sa jeune consœur Emmy Désilets.

 

J’en ai vraiment profité pour me former, parce que dans l’année, c’est plus dur pour moi de quitter le club pour poursuivre mon éducation en tant qu’entraîneur, souligne-t-elle. Quand j’ai vu que ça allait continuer, j’ai entrepris toutes les formations en ligne que je pouvais faire.

 

Avec davantage de plages horaires libres dans le calendrier, la possibilité de partir d’une page blanche pour repenser les façons de faire et chercher des pistes d’innovation est devenue bien réelle.

 

On a pris ce qui nous arrivait, et on s’est demandé : « Comment est-ce qu’on peut le transformer en positif? », dit pour résumer Nadine Rolland.

De l’inquiétude quand même

 

La directrice générale de la Fédération de natation du Québec, Isabelle Ducharme, a une vue d’ensemble de la situation.

 

Je sais qu’ils sont encore hyper motivés, parce qu’on fait des réunions, et ils sont encore tous présents. Mais à un moment donné, la vie personnelle te dit : « J’ai une maison à payer, j’ai une auto à payer, j’ai des enfants à nourrir. Je n’ai pas le choix de prendre des décisions qui vont à l’encontre de ce que j’ai envie de faire dans la vie. »

 

Tant et aussi longtemps qu’il y a des subventions, on se pose moins de questions, mais on pourrait en arriver à ça.

 

La deuxième vague m’inquiète un peu plus, parce qu’il n’y a plus de PCU, on n’a plus de back-up, dit laconiquement Frédérick Asselin.

 

Ceux qui ont décidé de faire ça comme carrière, on peut être combatif à ce moment-ci et garder notre carrière. Mais si tu es entre les deux, c’est difficile à ce moment-ci.

 

L’ultime conséquence pour le sport est la diminution du bassin d’entraîneurs à moyen et à long terme.

 

Si l’entraîneur n’a pas d’expertise, il ne peut pas être sur le bord de l’eau, parce que nous, ce qu’on a comme risque, c’est un risque de noyade. Si je perds mes entraîneurs, déjà qu’il y a un nombre limité, si j’en perds quelques-uns, on vient de fragiliser au complet le système, explique Isabelle Ducharme.

 

Si tu perds quelqu’un que tu as formé pendant six ans, ça, ça fait très mal, poursuit Frédérick Asselin.

 

Pour la jeune entraîneuse Emmy Désilets, le temps devient également un enjeu.

 

Il y a quelques semaines, je commençais à être assez essoufflée, et je pense que c’est quelque chose qui est ressenti partout. Mais je suis chanceuse, j’ai un bon entourage. Mais c’est sûr qu’il a fallu mettre certaines choses en perspective pour ne pas se brûler non plus.

Résolument positif

 

Si les dommages ne sont pas encore grands pour les Loutres, c’est que le club a été administré avec soin.

 

Il y a de plus en plus d’OBNL qui se gèrent comme une vraie entreprise. On ne veut pas parler de profits, mais on veut parler de gains, en termes différents. Ceux qui ont fait ça, je pense qu’ils se retrouvent pas si pire. Nous, ça a été la PCU, après ça on est allé dans nos réserves personnelles. Mais honnêtement, on était dus pour une sabbatique.

 

Selon Frédérick Asselin, c’est un réflexe d’ancien athlète. On est un peu des écureuils, on s’est bâti des coussins. La PCU est venue arrondir les choses, comme pour beaucoup de gens, et la première vague s’est bien passée. Mais le club était en bon état.

 

Il faut également mentionner que la machine n’est pas complètement à l’arrêt. Emmy Désilets travaille à temps partiel puisqu’elle a des athlètes en sport-études dans son club. Et même si l’activité ne génère pas de revenus, les bains libres sont autorisés partout en province, ce qui peut apporter une certaine satisfaction au pédagogue.

 

C’est une belle opportunité pour développer l’autonomie de l’athlète, on n’est pas là pour leur donner des prescriptions d’entraînement, on est là pour les guider. On t’a enseigné depuis plusieurs années, tu es capable de te concevoir un petit programme pour travailler sur ce que tu as envie de faire et qui va te faire du bien physiquement et moralement, conclut Nadine Rolland.

 

Le temps sera évidemment déterminant pour la suite des choses. Mais pour le moment, entre résilience et réinvention, non seulement est-il possible de tenir le coup, il apparaît même que la situation peut porter ses fruits.

 

Pour voir l’article intégral d’Alexandre Coupal, consulter Radio-Canada Sports.